Le registre tragique vise à émouvoir en montrant un personnage pris dans une situation sans issue, écrasé par la fatalité. Il se reconnaît au champ lexical de la mort, à la ponctuation expressive et aux figures d'insistance comme l'hyperbole.
Phèdre sait dès la scène d'exposition qu'elle va mourir, et avance quand même vers sa perte : cette impuissance face au destin est le cœur du tragique. Cette fiche vous entraîne à le reconnaître, à partir d'exemples de Racine et Corneille, avant de vérifier vos réponses dans le corrigé.
Qu'est-ce que le registre tragique ?
Le registre tragique désigne un texte qui montre un personnage enfermé dans une situation sans issue, condamné par ses passions, sa naissance ou une décision antérieure. L'effet recherché combine la terreur, provoquée par la menace qui pèse sur le héros, et la pitié, suscitée par son impuissance, jusqu'à la catharsis, cette purgation des passions héritée du théâtre antique. Pour repérer ce registre, cherchez le champ lexical de la fatalité, une ponctuation expressive et des figures d'insistance.
Comment reconnaître le registre tragique dans une phrase ?
Pour analyser un extrait, suivez ces quatre étapes.
- Identifiez le champ lexical de la fatalité : destin, périr, malheur, perdre, funeste. Leur accumulation signale un texte tragique.
- Repérez la ponctuation expressive : le point d'exclamation traduit l'emportement, les points de suspension l'effroi, le point d'interrogation l'impuissance.
- Relevez les figures d'insistance : l'hyperbole exagère le malheur, la gradation l'intensifie par paliers, l'apostrophe, quand le personnage s'adresse aux dieux ou au destin, marque son impuissance.
- Vérifiez que le personnage est impuissant : s'il ne peut ni fuir ni changer le cours des événements, la scène relève du tragique.
Le registre tragique dans les œuvres du programme
Racine et Corneille offrent trois illustrations du registre tragique. Dans Phèdre, Racine fait dire à son héroïne que sa passion la dépasse : « C'est Vénus tout entière à sa proie attachée. » Dans Andromaque, l'injustice du destin frappe une innocente : « Je ne sais de tout temps quelle injuste puissance / Laisse le crime en paix et poursuit l'innocence. » Chez Corneille, dans les stances de Rodrigue (Le Cid), le héros est déchiré entre l'amour et l'honneur. Trois pièces, trois formes d'impuissance : devant les dieux, devant l'injustice, devant soi-même.

Exercices progressifs sur le registre tragique
Exercice 1 ⭐
Dans la liste suivante, entourez les cinq mots du champ lexical de la fatalité : destin, jardin, périr, chaise, malheur, fenêtre, funeste, tasse, perdre, lampe.
Exercice 2 ⭐
Complétez les trois phrases avec les mots proposés (destin, funeste, périr) :
a) Œdipe ne pouvait échapper à son ____.
b) Le combat s'annonçait ____ pour le héros.
c) Sans intervention divine, tous auraient pu ____.
Exercice 3 ⭐
Répondez par vrai ou faux :
a) Le tragique cherche à faire rire le lecteur.
b) Un personnage tragique est impuissant face à son destin.
c) La catharsis désigne la purgation des passions du spectateur.
d) Tragique et pathétique suscitent tous deux la pitié.
Exercice 4 ⭐⭐
Dans le vers de Racine (Phèdre, I, 3) : « C'est Vénus tout entière à sa proie attachée », quelle figure de style souligne l'emprise totale de la passion ? Justifiez en une phrase.
Exercice 5 ⭐⭐
Réécrivez cette phrase neutre en registre tragique, en ajoutant un mot du champ lexical de la fatalité et une ponctuation expressive : « Il ne pouvait plus rien faire pour éviter ce qui allait arriver. »
Exercice 6 ⭐⭐
Associez chaque citation à son œuvre :
1. « C'est Vénus tout entière à sa proie attachée. »
2. « Je ne sais de tout temps quelle injuste puissance / Laisse le crime en paix et poursuit l'innocence. »
a) Andromaque, b) Phèdre.
Exercice 7 ⭐⭐⭐
Lisez l'extrait : « Ô sort acharné ! Rien ne peut plus me sauver de ce malheur que j'ai moi-même appelé. Je péris, et nul ne peut détourner l'arrêt qui me frappe. »
a) Relevez deux mots du champ lexical de la fatalité.
b) Identifiez la figure de style dans « Ô sort acharné ! ».
c) Le personnage est-il impuissant face à son destin ? Justifiez.
Exercice 8 ⭐⭐⭐
En vous appuyant sur Andromaque, rédigez trois à quatre phrases expliquant pourquoi cette pièce relève du registre tragique, en citant le texte étudié à l'exercice 6.
Tout de suite l'essentiel
Retenez ceci : le tragique naît de l'écart entre la lucidité du personnage et son impuissance à changer son sort.
On vous répond
Comment reconnaître un registre pathétique ?
Il vise aussi à émouvoir et à faire naître la pitié, sans le caractère terrifiant du tragique.
Comment reconnaître un personnage tragique ?
Il semble soumis au destin et ne peut ni fuir ni changer le cours des événements.
Qu'est-ce qu'une pièce tragique ?
Une pièce où un personnage, pris dans une situation sans issue, va vers une fin funeste.
Quelles sont les caractéristiques du tragique ?
Le funeste, le fatal, l'inéluctable : un destin qui dépasse le personnage et suscite l'effroi.
Qu'est-ce qu'un registre tragique ?
Il montre un personnage sans issue, suscitant la terreur et la pitié, proche de la catharsis.
Comment reconnaître un texte tragique ?
Repérez le champ lexical de la fatalité, la ponctuation expressive, et un personnage impuissant face à son destin.
Quels sont les thèmes du tragique ?
La fatalité, la mort, la passion dévorante, le conflit entre devoir et désir, et l'injustice frappant l'innocent.
Correction
Exercice 1 : Les cinq mots à entourer sont destin, périr, malheur, funeste et perdre, les seuls liés à la mort ou à la fatalité ; les autres (jardin, chaise, fenêtre, tasse, lampe) sont neutres.
Exercice 2 : a) destin, b) funeste, c) périr. Chaque mot complète le sens de fatalité : le destin s'impose, le combat menace de mort, périr désigne la mort elle-même.
Exercice 3 : a) Faux, b) Vrai, c) Vrai, d) Vrai. Le tragique vise à émouvoir, non à faire rire ; le personnage est impuissant ; la catharsis purge les passions ; tragique et pathétique partagent la pitié, mais seul le tragique ajoute la terreur.
Exercice 4 : Il s'agit d'une métaphore : Phèdre est assimilée à une proie et Vénus à un prédateur qui la tient tout entière, ce qui souligne l'emprise totale et inéluctable de la passion.
Exercice 5 : « Il ne pouvait plus rien faire : le destin funeste s'abattait déjà sur lui, inexorable ! » Le champ lexical de la fatalité et une ponctuation expressive traduisent l'emportement.
Exercice 6 : 1-b : la citation sur Vénus provient de Phèdre. 2-a : les vers sur l'injuste puissance proviennent d'Andromaque. Chaque citation renvoie à l'héroïne éponyme de la pièce.
Exercice 7 : a) malheur, péris (ou « l'arrêt qui me frappe »). b) « Ô sort acharné ! » est une apostrophe : le personnage s'adresse au destin personnifié, ce qui souligne son désespoir. c) Oui : il reconnaît que « nul ne peut détourner l'arrêt », confirmant l'absence d'issue propre au tragique.
Exercice 8 : Andromaque relève du tragique car son héroïne subit un malheur immérité. Racine l'écrit : « Je ne sais de tout temps quelle injuste puissance / Laisse le crime en paix et poursuit l'innocence. » L'innocente est frappée sans raison, tandis que les coupables échappent au châtiment, ce qui suscite terreur et pitié.
Page actualisée le 01.09.2026