Aucun ou aucuns ? Une règle d'orthographe peu logique ! Orthographe

Aucun ou aucuns ? Une règle d’orthographe peu logique !

8 mars 2017 - ,

L’orthographe de aucun, c’est aucun ou aucuns ? Quelle direction faut-il prendre ?

Aucun ou aucuns ? En voilà une drôle de question !
Aucun, évidemment, veut dire « pas un seul » ou « pas une seule ». À partir de là, quelle drôle d’idée que d’envisager que aucuns puissent être au pluriel… et pourquoi pas envisager aussi que le verbe qui suit puisse aussi être au pluriel… alors, cela voudrait dire que aucun puisse être plusieurs !
Mais non… quittons le domaine de l’illogique pour retrouver la logique : puisque « aucun » signifie « pas un seul » le verbe qui suit est évidemment au singulier :
– Aucun ne viendra… pas un seul ne viendra.
– Aucune de ces pommes n’est sucrée… pas une seule de ces pommes n’est sucrée.
– Aucun de ses amis ne l’a oublié… pas un seul de ses amis de l’a oublié.
Bien entendu, il en est de même du nom qui suit directement « aucun », au singulier, évidemment :
– Aucune pomme, aucun ami…

Mais alors, et « aucuns », avec un « s » ?

Aucun ou aucuns ? Oui, on peut quand même poser cette question tout simplement parce que chacun a vu quelquefois ce mot au pluriel.
Alors, oui, contre toute logique, il peut être au pluriel !
Dans quelles circonstances ?
Il est au pluriel lorsqu’il se trouve devant un mot qui est lui-même toujours au pluriel.
Et pourquoi, contre toute logique ?
Tout simplement parce que même si le mot est toujours au pluriel, « aucun » veut toujours dire « pas un seul », et il n’y a aucune explication logique au fait que ce nom toujours pluriel « déteigne » sur « aucun », qui le précède !

Les noms qui sont toujours au pluriel.

Prenons comme exemple le mot qui coûte cher, le mot « frais » ! Les frais, il y en a toujours beaucoup, il y en a toujours trop ! Et c’est peut-être pour cela que ce mot est toujours au pluriel. Et quand, par hasard, il n’y en a pas, on vous en prévient, et on le souligne, en voulant dire que, vraiment, il n’y en a « pas un seul », et donc en utilisant le mot « aucun ». Mais comme ce mot, « frais », est toujours au pluriel, on va écrire : « aucuns frais ».
Et oui, c’est comme ça !

Il en sera de même avec le mot « archives », puisqu’on ne dit jamais une archive, mais des archives. À partir de là, on écrira : « dans ce domaine, nous n’avons aucunes archives ».

Dans la longue liste des mots qui sont toujours pluriels, nous pouvons en sélectionner quelques-uns qui sont assez couramment utilisés (car je pense en effet que le fait de savoir que des mots comme arrérages, braies, complies, écrouelles, gémonies, laudes, lupercales, miscellanées, pandectes, prolégomènes, ou rogations, sont toujours au pluriel n’est pas d’une utilité véritablement quotidienne…).
En voici donc quelques-uns plus « utilisables » : agissements, appointements, condoléances, décombres, entrailles, environs (Attention, pas dans son sens « à peu près », comme dans « 1 kg environ », mais dans son sens « autour », « pas bien loin » comme dans « je vais me promener dans les environs »), fiançailles, funérailles, gravats, honoraires mœurs, rillettes, ténèbres…

Aucun, plus d’un, moins de deux…

Le pluriel n’est pas toujours où on l’attend, et le singulier n’est pas toujours où il serait logique qu’il soit, y compris avec « plus d’un », ou « moins de deux ».
Avec les bizarreries de « aucun », découvrez aussi, avec un sourire, celles de ces deux expressions, avec la fable « Aucuns soucis ».
Et vous apprécierez la moralité de cette fable :
« Quand le pluriel est singulier,
quand le singulier est pluriel,
quand la logique est illogique,
attention où l’on met les pieds ! »

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7 commentaires

  • fusiller a dit :

    On peut encore penser à travaux comme mot le plus souvent au pluriel dans son sens de travaux sur un bâtiment. Aucuns travaux à prévoir.

  • Metalx a dit :

    La contradiction de « aucun » (ou aucuns) vient de l’arrêté du 26 Février 1901.

  • Brassaud a dit :

    D’accord avec vous, mais alors … pourquoi Victor Hugo écrit-il « Qu’aucun être n’habite et qu’aucuns feux n’éclairent » dans La fin de Satan – Et nox facta est. Le grand Victor ne connaissait-il pas les régles de grammaire ? François

  • BRASSAUD a dit :

    Globalement d’accord avec vous. Mais alors expliquez moi pourquoi l’on trouve dans La fin de Satan – Et nox facta est (Victor Hugo) « qu’aucun être n’habite et qu’aucuns feux n’éclairent » François

  • Antoine a dit :

    Pour les frais, c’est parce que les frais sont par nature un ensemble, sinon c’est une dépense, ou une note de frais… il semble assez logique d’accorder le pronom au nom, si le nom n’existe qu’au pluriel, le pronom sera aussi au pluriel!

  • Antoine a dit :

    ps: concernant la citation de Victor Hugo, effectivement il ne respecte pas la règle du pronom qui s’accorde au nom mais d’une part une erreur est humaine, d’autre part, celui-ci a pu considérer qu’il s’agissait d’un ensemble de feux… mais auquel cas c’est une erreur. Pour ma part, je penche pour la licence poétique: c’est beaucoup plus imagé au pluriel…

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