«Faisons de l’orthographe une compétence centrale des apprentissages!»

28 septembre 2020 - ,

Extraits d’un article paru dans le Figaro le 22 septembre 2020. L’auteur, Olivier Babeau, est par ailleurs président de l’institut Sapiens, et professeur à l’université de Bordeaux.

« Certaines formes de discriminations sont connues, étudiées et heureusement combattues. D’autres ne font pas autant parler d’elles alors qu’elles sont également lourdes de conséquences sur les destins professionnels. Faute de prise de conscience, aucune action corrective sérieuse n’est entreprise et les inégalités de chance qui en naissent demeurent.

La maîtrise de la langue écrite, c’est-à-dire la capacité à formuler par écrit des messages de façon claire et correcte, est une compétence essentielle pour réussir dans nombre de professions. À tort ou à raison (j’aurais tendance à penser à raison), le lecteur d’une production écrite juge en partie du fond d’après la forme. La plupart du temps, l’orthographe — littéralement, «façon correcte d’écrire» — est corrélée à la qualité du propos. À l’incapacité de réaliser les accords s’ajoutent souvent la construction syntaxique fautive et la difficulté à ordonner sa pensée, comme la pauvreté du vocabulaire nourrit celle de la pensée ».

Il y a là deux points que j’approuve complètement : la maîtrise de l’orthographe est discriminante, et il est très difficile d’avoir une pensée élaborée si l’on ne dispose que d’un vocabulaire pauvre. J’ai toujours eu le sentiment que, au lieu de se battre uniquement sur la transmission de règles complexes d’orthographe, traduites de façon tout aussi complexe (d’où ma volonté d’en faire des fables et des chansons !), Il faudrait parallèlement développer le vocabulaire, sa diversité et ses nuances, élément indispensable de la diversité et des nuances de la pensée.

« Nous faisons tous des fautes d’orthographe, c’est évident. Et il y a des dyslexiques orthographiques (environ 5% d’une classe d’âge, j’en faisais partie pour ma part) qui appellent un accompagnement particulier. Mais le problème est plus bien profond que de buter sur l’orthographe correcte du mot ornithorynque. Il y a bien longtemps que l’enjeu n’est plus de triompher de la dictée de Mérimée avec ses cuisseaux de veau et cuissots de chevreuil fameux. Il ne s’agit plus de maîtriser les mille et une subtilités de l’accord du participe passé, mais plus prosaïquement de le distinguer de l’infinitif. Les fautes d’orthographe mettent souvent en évidence l’incompréhension de la fonction du mot et rendent le propos flou. L’absence de s distinguant le conditionnel du futur est devenue classique ».

Tout en précisant que l’on ne trouvera, ni dans les « fables d’orthographe », ni dans les « chansons orthographiques », le mot « ornithorynque », j’ai envie de renvoyer à la chanson « Prenons la route » entre autres, pour le participe passé,et à la chanson « Alouette », pour le choix judicieux entre le futur et le conditionnel !

L’auteur conclut : « Pour l’orthographe comme pour tant de choses, tout se joue dans les premières années de l’école. Cessons de parler d’égalité des chances sans prendre à bras-le-corps ce problème et refaisons de l’orthographe — et plus généralement de l’expression écrite — une compétence centrale des apprentissages »

Évidemment, je ne peux qu’applaudir, moi qui lutte sur ce terrain depuis des années ! Un regret, quand même… prenons le problème à bras le corps… refaisons de l’orthographe une compétence centrale… oui, bien sûr, mais comment ? Mes vingt-cinq chansons, et mes soixante-quinze fables, représentent une approche pédagogique innovante et ludique, mais ce n’est pas pour autant qu’elles ont été remarquées par les autorités éducatives…

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *